Les grottes sacrées des Hautes Terres de L’Ouest Cameroun
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Pré-rapport d’expédition 2009

vendredi 24 juillet 2009

Voici le pré-rapport de l’expédition Les Grottes Sacrées des Hautes Terres de l’Ouest Cameroun.

Il reprend de manière synthétique l’ensemble des découvertes qui ont été faites. Un rapport plus complet est en cours de rédaction. Il présentera le contexte socio-culturel Bamiléké et détaillera chaque grotte explorée.

Vous pouvez télécharger ce pré-rapport ici

Les Grottes Sacrées des Hautes Terres de l’Ouest Cameroun - Rapport préliminaire

, ou le lire dans la suite du billet.

Rapport de Mission

Les Grottes Sacrées des Hautes Terres de l’Ouest Cameroun, Province de l’Ouest, Cameroun

10 mai 2009 – 16 juin 2009

Spéléo Groupe La Tronche – FLT

Contexte

Cette expédition de reconnaissance spéléo-ethnologique à l’Ouest Cameroun, région qui n’avait jusqu’à présent donné lieu à aucune étude de ce genre avait pour objectifs :
-  Evaluer le potentiel des grottes de l’Ouest Cameroun (premier inventaire, géologie, archéologie, écologie)
-  Appréhender le rôle des grottes dans la tradition et la culture Bamiléké

Cette expédition s’est déroulée en partenariat avec l’Office de Tourisme de Dschang et parrainée par la Fédération Française de Spéléologie

L’équipe

Responsable de l’expédition :
Olivier Testa, Spéléo-groupe La Tronche
olivier.testa [at] yahoo.fr - www.grottesducameroun.org
+33 6 04 46 45 10 (France) +237 96 49 3554 (Cameroun)

Participant français : Olivier Testa
Participants camerounais : Bernard Zeutibeu, Piko Assongni, Polnaref Assongni, Séverin Nguétsop, Christelle Mekamwe, Josiane Boufing, Clovis Foutsop, Alexis Yonta, Marc Ntsebeyeko, Honoré Tchatchouang

Résumé

Il s’agit d’une expédition de reconnaissance en pays Bamiléké, sur les Hautes Terres de l’Ouest Cameroun, territoire situé entre 1000 et 2700m.
21 grottes ou sites ont été repérés, 6 topographies ont été levées (pour un total de 885m) ainsi que 6 croquis.

Les recherches ont été menées dans les départements de la Menoua (Foto, Fongo Tongo, Fongo Ndeng), des Bamboutos (Bangang, Babadjou), de la Mifi (Baleng/Bafoussam), du Noun (Foumbot), des Hauts-plateaux (Baham, Batié) et du Ndé (Bangwa).

La méthode de travail consistait essentiellement à recueillir des informations verbales par approche directe et discussion avec des personnes-ressources.

Les grottes de l’Ouest Cameroun sont a priori nombreuses (80 mentions de sites à ce jour), mais n’ont jamais été étudiées ou recensées.

C’est une région constituée essentiellement de basaltes et de granite/gneiss. Les cavités rencontrées peuvent se répartir en quatre catégories
-  celles formées par des empilements de boules de granite/gneiss (7).
-  celles qui se développent entre une dalle de basalte solidifiée et un paléosol (8).
-  celles qui se développent entre deux couches de basaltes (5).
-  celle creusée dans le granite (1)

Principales grottes explorées

Grotte Ndemvoh Mâle (Fongo Tongo) : porche de 120m x 30m, 4700m2 , 290m de topographie
Grotte Ndemvoh Femelle (Fongo Tongo) : porche de 105m x 30m, 1715m2, 161m de topographie
Petite Grotte Ndemvoh (Fongo Tongo) : porche de 75m x 30m, 2470m2, 172m de topographie
Grotte de Loung (Fongo Tongo) : porche de 50m x 15m, 2650m2, 140m de développement
Grotte Ndemvoh (Fongo Ndeng) : porche de 25m x 5m, 50m de développement
Grotte de Doumkho (Batié) : dév. : 20m env.
Grotte Kouo Vu (Baleng/Bafoussam) : dév. : 20m env.
Grotte Fo Vu (Baham) : dév. : 20m env.
Grotte aux Hyènes (Bangwa) : dév. : 50m env.
Grotte de Nka’a (Batié) : dév. : 40m env.

Un rapport d’expédition est en cours d’écriture et présentera ces résultats de manière détaillée.

Principaux résultats

Ethnologie

Ces grottes sont très souvent des lieux sacrés, entourés de mystères. Des cérémonies sont régulièrement effectuées pour attirer la clémence des dieux sur le village, pour purifier les gens, pour remercier les divinités qui fertilisent la terre bénie issue de la grotte et utilisée comme engrais.
Nous avons pu rencontrer plusieurs voyantes qui nous ont parlé de ces grottes.
Nous avons aussi pu visiter une grotte sacrée dans laquelle avaient disparu deux personnes il y a 4 ans, et qui ne sont jamais reparus.

Biologie

Nous n’avons pas rencontré de grotte présentant de faune très abondante. De nombreuses grottes hébergeaient des chauves-souris (au moins 5 espèces ont été rencontrées) ainsi qu’une microfaune troglophile.
Il faudrait effectuer des prélèvements pour savoir si les espèces présentes constituent un échantillon de faune nocturne classique, ou si certaines espèces sont strictement troglobies.
Il faut noter qu’aucune étude approfondie de la faune cavernicole du Cameroun n’a été menée à ce jour.

Un nid de picatharte (Picathartes oreas), espèce d’oiseau en danger endémique, a aussi pu être observé.

Agrogéologie

Dans plusieurs grottes dont celles de Fongo Tongo, les habitants ramassent les sédiments que l’on trouve au sol, et s’en servent pour amender les sols agricoles.
Le laboratoire de Géologie de l’Université de Dschang a déjà fait une étude de ces matériaux.

Archéologie

Nous avons trouvé une poterie, qu’il reste à dater.
Certains abris sous roche inventoriés ont un sol recouvert de sédiments, et des sondages tests pourraient être effectués.
De par le mode de formation de ces cavités, leur sol est antérieur aux coulées basaltiques anciennes des Bamboutos, et constitue un témoin des temps passés. Leur étude permettrait d’obtenir des données paléoenvironnementales importantes.
Enfin, nous avons découvert dans une grotte une grande quantité de noyaux d’un fruit qui n’a pas encore été identifié, et qui constitue un mystère à ce jour.

Histoire

Une majorité des grottes que nous avons visitées ont servi de refuge aux maquisards au cours de la période de l’indépendance.
Nous avons trouvé plusieurs marmites en fer-blanc qui dateraient de cette époque.

Ces grottes servaient aussi de caches durant l’invasion allemande au début du siècle, ou au cours des conflits tribaux antérieurs.
Enfin, une des grottes servait de lieu de mise en quarantaine pour les lépreux.

Perspectives et recommandations

Une nouvelle expédition

Les résultats de cette première expédition sont très positifs. Une nouvelle expédition est d’ores et déjà prévue, afin de continuer l’étude de ces cavités.

Il s’avère que les grottes de l’Ouest Cameroun sont beaucoup plus nombreuses que prévu (plus de 80 sites nous ont été rapportés), et que des modes de formation inhabituels sont en jeu (sous des coulées basaltiques, dans du granite…).

La spéléologie est une discipline particulière, puisqu’il n’est pas possible de savoir ce que l’on va découvrir avant d’entrer dans une grotte.
Au vu de ces premiers résultats, la poursuite de ces expéditions est à encourager, à tous les niveaux.

La grotte de Loung (Fongo Tongo)

La grotte de Loung nous paraît à ce jour nécessiter une étude pluridisciplinaire :
-  étude géologique et géomorphologique, car son creusement reste mal connu
-  étude archéologique, et sondages-test dans le sol de la cavité
-  étude biospéléologique de la faune qui occupe cette cavité
-  étude agrogéologique des matériaux présents dans cette grotte, qui servent d’engrais aux riverains
-  étude anthropologique

Ces différentes études pourraient ensuite être valorisées dans un programme écotouristique pour transmettre ces informations aux touristes nationaux et étrangers qui visitent l’Ouest. L’accessibilité de la grotte et le travail de l’Office de Tourisme de Dschang sont des atouts indéniables pour ce type de projets.

Archéologie

D’un point de vue archéologique, il serait nécessaire d’effectuer des sondages-tests dans plusieurs des cavités trouvées. L’Ouest Cameroun dans son ensemble souffre d’un déficit de recherche archéologique. Les grottes de la province du Nord-Ouest ont révélé de nombreuses traces d’occupation datant de 30000 à 3000 ans.
L’Ouest Cameroun et le département de la Menoua en particulier présentent une morphologie très similaire et il serait important de poursuivre ces études.

Anthropologie

Au niveau anthropologique, les rites et représentations liées aux grottes gagneraient à être approfondis. La culture Bamiléké est unique, mais en cours de transformation. Les processus de transmission traditionnels des savoirs ne sont plus aussi efficaces que par le passé, et une acculturation est en train de se produire. Il est urgent de recueillir les témoignages des derniers détenteurs de cette culture pour que le pays garde ses racines.
Cette étude pourrait être réalisée en parallèle d’une recherche historique sur la rôle des grottes en tant qu’abri au cours des périodes troubles de l’histoire camerounaise.

Principales personnes ressources contactées :

- Pr Martin Kuété, géographe, Université de Dschang
- Pr Joseph Djoukam, Université de Dschang
- Dr François Nguétsop, diatomiste, Université de Dschang
- Dr Richard Oslisly, archéologue, IRD Yaoundé
- Dr Zacharie Saha, historien, Université de Dschang
- Dr Matthieu Salpeteur, Anthropologue, MNHN, Paris
- Dr Paul Tématio, agrogéologue, Université de Dschang
- Piko Assongni, professeur de sport, licencié en sociologie, animateur d’une émission culturelle radiodiffusée
- René Poundé

Remerciements

Je remercie toutes les personnes qui m’ont aidé pour la réalisation de cette expédition, sans qui tout cela n’aurait jamais été possible :

- Jacky et Christiane Ricard
- Clotilde Deschamp
- Dr Richard Oslisly
- Antoine Viard
- Gaëtan Montoriol
- Pascal Orchampt
- Anne-Cécile Mizzi
- Bernard Zeutibeu
- SM le Chef Bangwa
- SM le Chef Batié
- SM le chef Fongo Ndeng
- SM le chef Baham
- SM le chef Baleng
- Jean-Bernard Nguiafing
- Jean Claude
- Pascal Teufak
- Véronique Roux
- Flaubert Taboué
- La Route des Chefferies
- Etienne Montfort Tsobzeu

1 Message

  • Bonjour Olivier,

    bravo pour le rapport de la première expédition. il est non seulement fidèle, mais, ils est aussi compréhensible. tu as dû payer un expert en littrerature pour l’ecrire si bien.

    juste après toi, on nous rapporte que d’autres grottes différentes de celles qu’on connaissait existent ; notamment à Fotetsa et Fossong-wentcheng.
    n’eut été mon départ pour la France, une expédition devait se faire pour t’envoyer les photos amateurs. Mais, on va le faire à mon retour

    juste un petit truc que je souhaite qu’on corrige dans ce pre-rapport :
    dans la langue locale, l’équivalent du mot "grottes" existe. c’est le mot "voh" qui signifie le trou, le coin, la cavité, ...
    c’est d’ailleurs pour cela que tu trouve ce surfixe dans le nom "demvoh", "fo-voh", "fovu" (baham).

    merci de prendre en compte cette remarque mineure

    repondre message

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