Les grottes sacrées des Hautes Terres de L’Ouest Cameroun
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Rencontre avec le Chef Batié

jeudi 1er juillet 2010

Presque deux heures de piste à travers la campagne de l’Ouest pour atteindre Batié. Les toits coniques des demeures de notables, la verdure permanente des collines et le rouge brique des routes latéritiques s’accordent parfaitement.

Je me rends chez le Roi des Batié, qui m’avait demandé de corriger avec lui mon rapport de l’an passé. Il m’attend de pied ferme et après les salutations, nous passons au travail.

Sa Majesté reprend scrupuleusement chaque ligne, chaque détail. J’en profite pour compléter ma connaissance du royaume Batié.
Un très grand soin est apporté à la retranscription phonétique des noms locaux.
Grotte Kemma ? Kèmma ? Kêmma’ ? Kêmaa ? Kèma ?
Ra loung ? Rha loung ? Ga loung ? Gha loung ? RRa loung ?
Je suis parfois obligé d’inventer de nouveau caractères pour satisfaire le roi.

De mon côté je l’étonne en lui présentant les coordonnées GPS des grottes de sa chefferie. Me voici donc en train de lui faire un cours sur les systèmes de coordonnées géographiques, sur le fonctionnement d’un GPS, et sur l’utilisation d’une carte topographique…
Nous travaillons sur la terrasse du palais royal, mais ce lieu n’a plus de royal que le nom. La chefferie est en décrépitude, à l’abandon. Les élites de Batié ne sont peut-être pas aussi riches qu’ailleurs, et le roi est bien seul. La pluie tombe, toutes les deux heures, par averses abondantes.

Je lui montre en quoi les grottes découvertes dans sa chefferie sont intéressantes, et lui demande à retourner sur les sites.
On convient de se revoir le lendemain. Il tient à filmer les lieux, en posant des questions aux notables. La culture orale est encore prépondérante ici, et mes fiches écrites manquent de vivant. Elles ne permettent pas de transmettre les résultats à son peuple, en grande majorité analphabète.

Le soir, nous retournons, Herman et moi, au village voisin pour prendre un petit repas improvisé. Pas de gargotte ici, mais plusieurs braséros bordent la route. Derrière, les enfants proposent des épis de maïs grillé, des prunes ou des plantains rôtis. Je pars acheter en plus quelques mangues, deux avocats, une dizaine de petites brochette de bœuf pimentées. Nous arrosons cela d’une bonne bière.

- Il n’y a que la bière non-glacée, hein
-  oui, amène"
Ce sera donc une bière chaude qui accompagnera le repas. Au Cameroun, "Non-glacé" ou "Frais" signifie "à température ambiante"

Il fait déjà nuit, il est 18h45, et nous mangeons dans le noir. Cela fait plus de 36h que l’électricité est coupée.
L’activité se calme.

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